La Mode de Montréal : derrière les paillettes, la dure réalité ...
Semaine de la mode oblige, les articles divers fusent dans la presse sur le sujet, présentations des dernières tendances et aléas des défilés en tête de liste. Je retiendrai personnellement ceux qui parlent de la vraie vie des entreprises de design, une vie fragile faite de bonheurs passagés mais d'angoisses constantes. Et je ne parle pas des angoisses de la page blanche mais bien de celles d'un compte en banque à découvert !

Je voulais donc commenter un article sorti aujourd'hui dans le Devoir sur Christian Chenail, qui comme son titre l'indique fête ses 20 ans, sur la corde raide mais droit devant ...

Tout d'abord, au niveau du financement : ce n'est plus un secret pour personne - gouvernement y compris - que le programme Pro-Mode a laissé de côté une grande partie de la planète mode de Montréal. Lorsque l'on sait que 90% des entreprises du secteur sont des PME et que plus de 60% d'entre elles n'atteignent pas le plafond (descendu dernièrement) fatidique des 150.000$, on peut effectivement se dire que Christian Chenail n'est pas le seul avec ce sentiment d’abandon. Et c’est bien à partir de ce constat que Montréal Couture travaille pour apporter à notre gouvernement et acteurs politiques une vraie réalité des entreprises de design milieu et haut de gamme et faire changer leurs visions sur un secteur qui, comme le rappelle Christian Chenail, ne se résume pas à Chabanel. D’ailleurs, les mois qui vont suivre cette dernière Semaine de la Mode, une fois de plus contreversée par les designers sur son efficacité à les faire connaître, vont sans aucun doute être effervescents, marqués par la volonté des bailleurs de fond de l’industrie d’écouter ce que les entreprises de design de mode ont à dire et par le début d’actions concrètes pour rétablir la balance en leur faveur, projets de Montréal Couture en tête (mais je pense aussi au Lab Créatif, très actif sur ce sujet). A noter également que d’autres solutions de financement existent, proposées par des organismes plus conscients de la dure réalité des PME : je pense aux CDEC sur Montréal et leurs programmes de financement comme les FLI ou les SOLID qui sont capables d'apporter des aides aux entreprises pendant leurs phases de développement. Evidemment, ce sont des prêts et non pas des subventions comme Pro-Mode ... des prêts qui demandent aux entreprises de design de présenter des rapports de gestion lorsque les designers n’aimeraient en fait que créer ... mais ils ont le mérite d'exister et d’apporter un soutien aux besoins de croissance de ces entreprises de mode.

Au niveau de l’achat local maintenant, je voulais déjà rappeler qu’une stratégie de consommation locale n’est possible que si il y a d’un côté un consommateur qui sait où consommer local et de l’autre des entreprises de design qui sont capable de produire localement. Une récente étude du Bureau de la Mode de Montréal vient de montrer que le consommateur local, même si il a une volonté de consommer des vêtements montréalais, ne sait ni citer des designers québécois, ni localiser leurs boutiques ou distributeurs (d’où la mise en place d’une nouvelle stratégie de communication au niveau de la ville pour apporter de la visibilité à nos designers montréalais). Maintenant, en ce qui concerne la production locale proprement dite – qui est le cheval de bataille de Montréal Couture - là aussi le portrait n’est pas brillant : des designers qui peinent à faire réaliser leurs collections et obtenir des productions en petites séries de qualité, des sous-traitants qui n’arrivent pas à sortir du diktat du coût de production minimum et qui ont du mal à gérer leurs besoins trop cycliques de personnels qualifiés, une main d’oeuvre vieillisante et démotivée ... Des enjeux sur lesquels nous travaillons ardemment à Montréal Couture pour mettre en place des solutions innovantes et adaptées : un mini-atelier alternant production et formation - capable d’être un laboratoire de test d’idées, de produire des mini-séries et de former une main d’oeuvre adaptée aux besoins des entreprises de design - , des partenariats entre designers et sous-traitants pour améliorer leurs dialogues techniques et productifs, une gestion commune des ressources de personnels qualifiés ... Autant de projets proches du terrain que nous sommes en train de mettre en place avec la participation active d’entreprises de design montréalaises.

Comme il se définit lui même, Christian Chenaille est un artisan qui aime son métier et notre plus grand challenge à l’heure actuelle sera non seulement de transmettre cet amour à une clientèle mais aussi de donner envie à une relève de venir travailler dans le secteur de la mode, comme personne productive, honnête, fière de son métier et représentante du savoir-faire local. La solution ,dans ce cas, s’appelle l’éducation mais c’est malheureusement une solution qui portera ses fruits à moyen terme. En attendant, il nous faudra gérer une situation d’urgence et apporter des aides au cas par cas à ceux qui vont en formaliser la nécessité tout en travaillant très fort auprès des décideurs pour marteler notre vision globale.

Consommateurs, entreprises de design et sous-traitants, il est donc grand temps de vous exprimer et d'agir !


   

Powered by Christophe Billebaud, directeur de Montréal Couture
Toute opinion exprimée dans ce blog n'est que l'opinion personnelle de son auteur, qui reste seul responsable de ses prises de position.
Ce blog n'engage donc pas ni le nom de Montréal Couture, ni les membres de son conseil d'Administration